VIVE L’ITALIE.

Quand les Français se passionnaient pour l’unité italienne


En mars 2011, l’Italie a fêté les 150 ans de son unification, dans un contexte politique peu favorable à une telle célébration. On en a peu parlé en France. Ce livre rappelle pourtant que l’unité italienne fut aussi une passion française, et il fut un temps, pas si ancien, où nul petit français n’était censé ignorer au moins le nom de Garibaldi, avec sa tête hirsute reproduite dans les livres d’histoire (sur la ligne 13, une station de métro salue encore sa mémoire, et… rappelons qu’il fut élu député de la République dans quatre circonscriptions à la fois en 1871 : Victor Hugo démissionnera d’ailleurs parce que Garibaldi, élu à Alger, fut invalidé pour non-citoyenneté française). « Nous nous sommes tant aimés », tel est le titre du dernier chapitre. En effet, à suivre A. Toscano relisant cette histoire dans la presse française, depuis la campagne d’Italie (1799) de Napoléon Ier jusqu’au 17 mars 1861, jour de la naissance d’un royaume dont le roi est excommunié, c’est presque une histoire d’amour qui s’est déroulée entre la France et l’Italie du xixe siècle. Ou encore, si l’on veut être moins emphatique, des intérêts politiques et militaires de la France ont noué des passions communes, parfois scellées d’ailleurs par des chaînes matrimoniales. Le livre hésite entre le récit des avancées objectives de l’unification et les réactions en France : Toscano, journaliste italien (presque) devenu parisien, raconte le « récit français de l’Italie » avec empathie et… ironie, et une faconde au vocabulaire inutilement anachronique (il est question de bling bling et de Carla Bruni, entre autres). L’essentiel est la restitution très vivante d’un moment d’histoire essentiel pour l’Italie (où le pape et les États pontificaux jouent un rôle clef), et le rappel d’une participation française importante mais tortueuse, qui s’estompe certainement, hélas, dans les mémoires des deux côtés des Alpes.

J.-L. S.

Armand Colin, 2010
239 p. 19 €