CHRONIQUES AÉRIENNES

L’art d’Alex MacLean


La photo aérienne est devenue aujourd’hui un genre esthétique en soi qui relève du beau livre, et ne retient souvent dans sa version Yann Arthus-Bertrand que des sites et des couleurs. Depuis des années, Alex MacLean ne photographie pas une ville ou un pays de haut, il s’efforce d’extraire du dispositif photographique des thématiques qui sont pour lui autant de manières de découvrir ce qui se passe en bas, comme s’il retirait grâce à l’appareil une peau ou une toile superficielle. Si, en apparence, « la terre ne se meut pas », selon la formule de Husserl, quand on la regarde d’avion au-dessous des océans de nuages, MacLean traque le temps et la mobilité. Selon lui, la photo aérienne, qui transpose un espace à trois dimensions sur un plan à deux dimensions, apporte une quatrième dimension qui est l’échelle du temps. Les variations géologiques, les changements de saison, le passage d’une ombre ou la poussière d’une moto (comme dans un film de Kiarostami) sont autant de signes de cette mobilité qui travaille la surface de la terre. À ces thèmes, l’artiste ajoute ceux des frontières et des limites (autant de signes visuels qui sont poreux), des figures géométriques, des séries (autant de mises en forme du chaos), des miniatures (le monde vu de haut ressemble à un tapis plein de jouets comme dans un film de Tim Burton), et la lumière qui, impossible à maîtriser par principe, se présente à l’improviste. Comme quoi, voir de haut en bas n’est pas nécessairement une mauvaise manière de s’approprier le monde verticalement quand on sait regarder latéralement de haut en bas.

O. M.

Dominique Carré/La Découverte, 2010
144 p. 39 €