La conversation comme manière de vivre


Le mot « conversation » a pris une extension étonnante, dans un sens en général positif : comme le dit la première phrase de ce livre, elle est perçue comme « une forme de civilité », individuelle et collective. Pour en évoquer les harmoniques, Ali Benmakhlouf en a fait une petite phénoménologie en se référant à de nombreux auteurs, au premier rang desquels Montaigne – sans surprise à vrai dire, tant l’auteur des Essais est devenu le penseur de la « vie bonne » à une époque où elle semble parfois cruellement absente. Mais de nombreux auteurs – Flaubert, Roland Barthes, Lewis Carroll –, l’Antiquité grecque et, chose plus rare, des auteurs arabes, sont invités à participer à cette conversation sur la conversation. Les ressources de la parole conversationnelle sont multiples, tant par ses sujets infinis que par ses figures possibles (ellipse, homonymie, synonymie, implicite) et la « vie des mots » (rythme, voix, ton, oreille, grain de la voix). On peut aussi converser avec soi-même. Laissons le dernier mot à Descartes, pour qui « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés », et « c’est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager ».

J.-L. S.

Albin Michel, 2016
247 p. 16,90 €