La Cité et son ombre

Essai sur la République de Platon


Auteur d’une étude devenue classique sur l’Émile de Rousseau, Allan Bloom ne pouvait rester insensible au premier grand texte de philosophie de l’éducation de la tradition occidentale. Ce volume comporte l’introduction à la traduction anglaise de la République proposée par l’auteur en 1968. À ce titre, il s’agit d’une étude de style pédagogique qui suit le dialogue de Platon dans ses grandes articulations (définition de la justice, tripartition de l’âme, hiérarchie propre à une cité idéale). La République est lue ici comme la véritable « apologie de Socrate », le livre qui devait argumenter le plus puissamment en faveur de l’union entre la vie politique et la sagesse. Le point central de l’ouvrage est constitué par le problème du « philosophe roi » dont Bloom fait l’emblème de l’opposition de Platon à la modernité. Fidèle aux leçons de son maître Leo Strauss, l’auteur fait du rapport entre la philosophie et la politique le centre de son commentaire, ne voyant pas d’autre issue à la leur séparation que le relativisme moderne. « Platon contre les Lumières », en quelque sorte, bien que cette alternative soit moins simple qu’il n’y paraît (p. 134-138), l’opposition la plus féconde que Platon ait léguée à la tradition étant celle qui existe entre « vie tyrannique » et « vie philosophique ». Au-delà de l’étude d’un classique, c’est cette réflexion sur ce qui peut motiver le « désir de justice » qui fait l’intérêt de l’ouvrage.
M. F.

Editions du Félin, 2006
200 p. 17,90 €