Le Culte moderne des monuments
Son essence et sa génèse
Paru en allemand en 1903, cet essai a été publié en français pour la première fois en 1984 dans la collection « Espacements » des éditions du Seuil. Avec cette nouvelle traduction, l’actualité de cet ouvrage classique apparaît encore plus manifeste en raison de la dynamique incontrôlée de la patrimonialisation, inaugurée par la charte de Venise en 1960 et la politique du patrimoine mondial de l’Unesco. Une dynamique plus forte que jamais puisqu’elle accompagne la mondialisation contemporaine et crée l’illusion d’une culture mondiale. Aloïs Riegl avait anticipé que la notion de patrimoine allait concilier une conception universelle du monument (celle qui vient de monere et rappelle une appartenance commune) et la conception européenne du monument appréhendé sur un mode historique. Ce qui est à l’origine d’un profond malentendu à l’échelle mondiale : « Combien gagnerait-on d’entrée de jeu, affirme Françoise Choay dans sa préface, à simplement reconnaître que la notion de “monument historique” n’est pas un invariant culturel, mais une invention spécifiquement occidentale et de surcroît fort récente. » Un malentendu qui se double d’une extension indéfinie de la notion de patrimoine, signe que la décontextualisation qui sous-tend l’urbanisation contemporaine s’accompagne d’une patrimonialisation tous azimuts !
O. M.