LE MONDE EN FEU

Violences sociales et mondialisation



Ce livre a suscité des polémiques dans les milieux universitaires et il en suscitera de nouvelles. Moins en raison d’un style qui se rapproche parfois de l’enquête journalistique (dans le style du grand Kapuscinski), de sa liberté de ton, ou d’un certain flou sur le cadre historique de la mondialisation contemporaine, qu’en raison de la thèse troublante – une thèse proche de celle d’Arjun Appadurai dans Géographie de la colère. La violence à l’âge de la globalisation (Paris, Payot, 2007, voir Esprit, mai 2007) – qu’il met en avant: la mondialisation économique a été portée par des minorités (diasporiques ou non) dans de très nombreux cas, or la mondialisation politique qui valorise le règne de la majorité tend à retourner les populations contre ces minorités commerçantes accusées de tous les méfaits de cette mondialisation. Après un premier chapitre qui décline plusieurs cas de figure de manière convaincante (la minorité chinoise en Asie du Sud-Est, la richesse blanche des latifundia en Amérique latine, les milliardaires juifs en Russie post-communiste, les Ibos du Cameroun), un deuxième chapitre souligne comment les dégâts psychiques, physiques et politiques de la mondialisation font de ces minorités des boucs émissaires idéaux. Mais, et tel est le thème du troisième chapitre, le plus original et donc le plus contestable, une analyse des revers de la démocratie occidentale à l’échelle mondiale voit dans les juifs d’Israël et dans les États-Unis des minorités économiquement dominantes connaissant les mêmes déconvenues que les minorités commerçantes. Au risque de mettre sur le même plan des minorités intégrées à des États et des Minorités/États. Et l’auteur de conclure non sans ambiguïté: « Dans les conditions créées par l’histoire, le colonialisme, la corruption et l’autocratie, la combinaison du capitalisme libéral et du règne de la majorité sans limites peut avoir des conséquences sans limites. » Mais qui contestera qu’une mondialisation politique qui ne s’accorde pas à une mondialisation économique plus juste a des conséquences dramatiques?
O. M.
Le Seuil, 2007
352 p.