JOSEPH CONRAD : LE PREMIER COMMANDEMENT
« On a pu dire que la solitude était la pièce maîtresse de la pyschopathologie de Conrad. Conrad ne croit ni à Dieu ni au Diable. Conrad doit régler tout seul les problèmes que le destin met sur sa route. Ni magie, ni sorcellerie ne peuvent rien, ni pour, ni contre lui. Et partout, il y a chez Conrad un sens du destin incontestable. » Mais alors, se demande André Green en s’attardant sur la Ligne d’ombre, l’un des premiers textes de l’écrivain, quelle est la vraie religion de Joseph Conrad ? Pourquoi s’est-il réclamé à la fin de sa vie de la religion catholique de son père polonais alors qu’il n’avait pas épousé initialement la cause du messianisme national polonais, ce qui fut à l’origine de l’accusation de désertion dont il fut l’objet ? Voulait-il ne pas être assimilé à l’anglicanisme des Britanniques ? Même si Conrad n’était guère porté à la philosophie, l’éthique conradienne, celle d’un écrivain, tient dans cet extrait de Lord Jim : « J’ai renoncé à attendre ce dernier mot, dont l’écho, si seulement on pouvait le prononcer, ébranlerait le ciel et la terre, nous n’avons jamais le temps de dire notre dernier mot – le dernier mot de notre amour, de notre désir, de notre foi, de notre remords, de notre soumission, de notre révolte. » Exilé de son pays d’origine et distant envers les religions instituées, Conrad n’est pas devenu écrivain par hasard : sans attendre d’un messianisme religieux ou politique le dernier mot, il n’en finissait pas d’écrire pour traquer le dernier mot impossible. La thèse d’André Green est assez convaincante.
O. M.
O. M.