CROIRE OU RÊVER


Voilà un livre de vieillesse qui admet que le «   grand âge   » permet de «   rendre riches les moments ordinaires de la vie   ». Ce respect du moment présent le plus quotidien conduit André Miquel (ancien professeur au Collège de France, il est un spécialiste du monde arabe et musulman, un écrivain dont le livre sur la mort d’un fils est encore dans les mémoires – et dans la sienne  : «   La vieillesse serait, dit-on, le pire de tous les maux. C’est faire bon marché, pour s’en tenir là, d’un jeune corps qui de la vie ne connaît guère que la souffrance   »  – et un traducteur passionné par les contes des Mille et une nuits). Mais dans cet ouvrage qui se présente comme un journal, il révèle, non sans une certaine nostalgie («   La route, dans la campagne, égrène ses villages et leurs églises abandonnées, où la cloche, hormis les baptêmes, enterrements ou mariage –  et encore  !  – ne tintent plus que pour les heures profanes, et parfois se tait la nuit, et parfois toujours   ») ses méditations quotidiennes sur la religion, Dieu, la foi, sur des questions théologiques qu’il exprime à sa manière, en faisant de la croyance un rêve éveillé. Cela nous vaut un grand livre de méditation qui n’arrête pas de tourner autour de la mort de Dieu, de l’amour et de la mort qui vont de pair pour le chrétien qu’il est. «   La mort de Dieu… Depuis le temps que l’on nous en parle, on devrait la tenir pour acquise. On dirait bien que pourtant cette mort-là a la vie dure. Il serait facile d’avancer l’argument suivant  : si tout le monde parle, sans être contredit, du lien essentiel entre amour et mort, si, en donnant la vie à un être né de lui et d’elle, tout homme et toute femme s‘assignent eux-mêmes à la mort pour laisser place au nouveau venu, pourquoi refuser ce don à celui qui est le don absolu  ?   » Bien entendu, voilà un livre qu’il ne faut pas mettre dans toutes les mains, et surtout pas dans celles de ceux et celles qui «   croient   » que la religion est fatalement l’opium du peuple… parce qu’il les démentirait cruellement.

 

O.  M.

Bayard, 2009
144 p. 10,50 €