LES DÉRIVES DE L’UNIVERSALISME.

Ethnocentrisme et islamophobie en France et en Italie


Il ne suffit pas, comme c’est le cas du directeur de la revue Cités, Yves-Charles Zarka, de se plaindre de la destitution des intellectuels liée à leur médiatisation (pour quelques-uns d’entre eux en tout cas), il faut désormais se demander comment un néorépublicanisme, rigide, fier et sûr de lui s’est imposé comme une idéologie qui a réponse à tout. Alors même que les historiens des « lieux de mémoire » reconnaissent qu’on assiste à la fin du roman national, on n’essaie pas de se demander comment répondre à cet essoufflement apparent, on rétorque que la République n’a pas de défaut et qu’elle se porte mieux que jamais. Si cela ne va pas, c’est toujours à cause de fauteurs de troubles, externes ou non, de cultures, de religions : la banlieue, le voile ou les nomades. Au lieu de dynamiser politiquement la République, on se rassure en en glorifiant ses vertus éternelles. Mais cela ne marche pas toujours. Même le républicain Henri Guaino a laissé la place à l’Élysée à des plumes qui ne sont pas aussi républicaines que la sienne sur les questions de sécurité. Dans ce contexte, voilà deux livres qui ne tournent pas autour du pot : Béatrice Durand montre comment s’est imposé un néorépublicanisme devenu une idéologie qui voile les problèmes au lieu de les éclairer. Quant au livre rédigé par une anthropologue italienne, Annamaria Rivera, qui se réclame de « l’ethnocentrisme critique » d’Ernesto de Martino, il compare les situations française (en se focalisant sur le voile islamique) et italienne. Ce qui conduit à viser d’un côté l’universalisme abstrait (le néorépublicanisme à la française) et de l’autre la rhétorique italienne sur la civilisation et la revitalisation des racines chrétiennes. Le comble est qu’en France bien des néorépublicains sont aussi des chantres de ces racines. Voilà une double critique, résolument républicaine dans le cas du premier ouvrage, du républicanisme abstrait qui a le mérite d’être au cœur des débats qu’il faudrait avoir.

O. M.

La Découverte, 2010
216 p. 20 €