L’Encyclopédie des mystiques rhénans d’Eckhart à de Cues et leur réception
Pour des raisons qui (au-delà d’effets de mode) ne sont pas inexplicables, les mystiques rhénans – surtout les deux qui sont nommés dans le titre de cette encyclopédie, Eckhart et Cues – ont vu leur cote grimper dans les dernières décennies. Sont-ils vraiment lus et compris ? Quiconque les a un peu fréquentés sait que la simplicité évangélique, déployée dans des sermons ou des prières, y côtoie facilement la plus haute abstraction. Ce n’est pas par hasard que plusieurs furent contemporains et frères en religion (comme dominicains) des grands scolastiques… Quoi qu’il en soit des explications de leur succès récent, ceux qui veulent connaître mieux le contexte intellectuel et social, les thèmes, les sources, la réception de ce groupe de spirituels qu’on appelle « mystiques rhénans » auront intérêt à se reporter à cette encyclopédie remarquable, où les aspects biographiques, les influences, les grands thèmes (l’« âme », le « néant », le « fond »…), les doctrines et les enjeux propres de cette « école » (qui n’en fut pas une formellement) sont exposés avec beaucoup de clarté et de précision. Comme le titre l’indique aussi, la partie « réception » est particulièrement soignée : les noms de Nietzsche, Michel Henry, Derrida, Lacan, Simone Weil, John Cage et, bien sûr, Hegel et Heidegger, suscitent la curiosité et manifestent l’ampleur de leur postérité non seulement religieuse mais philosophique et intellectuelle. Deux magnifiques cahiers d’illustrations sont inclus dans l’ouvrage.
J.-L. S.