LES PIEDS DANS LE BÉNITIER


Sera-t-on sensible à la nouveauté du ton de ce livre vigoureux et bien pensé de deux femmes qui cherchent une issue à l’impossible réforme de l’Église catholique ? Est-ce parce que ce ton est animé, marqué d’enthousiasme, d’humour, exempt de toute résignation ? Est-ce parce que y règne une cohérence de convictions qui ne se laisse pas impressionner par les excuses habituelles, les arguments dilatoires ? Le statut inférieur des femmes et des baptisés dans l’Église catholique, la division intérieure du catholique qui vit sur un registre dans l’Église et sur un autre dans la vie professionnelle et personnelle : de ce constat, ce livre constitue lui-même une prise de conscience et il vise une prise de cons­cience. « Ni partir, ni se taire » est le mot d’ordre. Le statut de baptisé est le point d’appui obligé, le soutien de l’entreprise, il n’y en a pas d’autre théologiquement ni canoniquement. L’impasse du manque de prêtres est retournée : « Mais enfin ne renversons pas les choses : il y a des prêtres pour le bien du corps, et non un corps pour qu’il en naisse des prêtres. » En fondant le « Comité de la jupe » à la suite d’une parole malencontreuse du cardinal de Paris, en partant d’un incident mineur, mais significatif, Anne Soupa et Christine Pedotti en sont venues à fonder aussi la « Conférence des baptisés » qui, depuis un an, rencontre un vif écho et des groupes en province et dans la région parisienne. La visée est positive : comment est-il possible que le public catholique se rende compte qu’un autre rôle lui revient que celui de consommateur religieux ou d’auxiliaire subordonné ? Quels sont la foi et le style d’un catholique qui assume un statut visible ?

J.-C. E.

Presses de la Renaissance, 2010
276 p. 19 €