René Cassin
Cette biographie de René Cassin met bien sûr en exergue le rôle qu’il a joué dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme mais en soulignant la cohérence des différents engagements de ce grand juriste qui a d’abord été, au milieu de beaucoup d’autres, un ancien combattant de la Grande Guerre. Militant du droit des anciens combattants, professeur de droit, partisan de la Sdn, juriste de la France libre, où il incarne la conscience républicaine, militant des droits de l’homme, vice-président du conseil d’État, premier président de la Cour européenne des droits de l’homme, président de l’Alliance israélite universelle… Cassin transgresse plus d’une fois les clivages schématiques qui traversent la politique française. Les auteurs montrent bien pourquoi il n’était pas contradictoire pour lui d’être internationaliste tout en défendant les associations d’anciens combattants, pourquoi son républicanisme juridique, qui fut précieux à Londres, n’est en rien contradictoire avec le militantisme « droit-de-l’hommiste », pourquoi, attaché à ses origines juives, il pouvait parler de « mystique de légalité démocratique ». La question de la souveraineté de l’État et de sa limitation est le vrai fil conducteur de ces combats multiples : cette noble figure de la haute administration n’y voyait nullement un abaissement de la puissance publique mais une condition de son accomplissement, en évitant son autodestruction dans la guerre ou dans la négation du pouvoir démocratique des citoyens.
M.-O. P.