La Petite Lumière
Le titre de l’ouvrage (la première traduction française de cet écrivain italien né à Mantoue en 1945) en dit long sur un récit où l’intensité de l’écriture est un combat en noir et blanc. Le noir, ce sont les labyrinthes nocturnes d’une nature montagnarde composée de racines, de végétaux, de pousses et d’arbres qui obscurcissent le monde, devenu une forêt vierge qui n’en finit pas de se métamorphoser. Pour le narrateur, en dépit des vols d’oiseaux et de leurs bruissements, il fait noir dans une maison isolée, une bergerie en ruine où ne se manifestent, éclats de blancheur inattendus, que de petites lumières, des lumignons rouges qui clignotent dans un cimetière, des lucioles sur la route, des extraterrestres imaginés sur un écran d’ordinateur par un étranger qui parle une novlangue… Mais une petite lumière lointaine tournoie sur elle-même dans un horizon lointain, celui d’une maison où le narrateur cherche à se rendre, une maison perdue où rôde un enfant mort, un survivant de là-bas qui donne la main à celui qui cherche la petite lumière. Le roman ne parle que de cela : la mort qui arrive dans le noir, dans un univers de forêt vierge inextricable et sans issue, est une petite lumière, comme un recommencement. Comme l’écrit Hannah Arendt : « Les hommes, bien qu’ils soient mortels, ne sont pas nés pour mourir mais pour commencer. » On attend la traduction d’autres textes de cet auteur qui écrit à la manière d’un métaphysicien taillant ses concepts.
O. M.