GOODBYE MISTER SOCIALISM

Entretiens avec Raf Valvola Scelsi
Trad. de l’italien par Paola Bertiletti



À propos des grandes grèves de 1995 en France : « Le “tous ensemble” a été à l’origine d’une transformation totale de l’horizon des comportements sociaux. Il s’agit véritablement d’une formule magique. » À propos du rassemblement altermondialiste contre l’Omc à Seattle, en 1999 : « On a eu tout à coup la révélation qu’un autre monde était possible […] l’affirmation que le capitalisme n’est pas nécessaire. » À propos du rassemblement de Gênes en 2001 : « Gênes. L’épiphanie du nouveau. » À propos du retournement de l’électorat espagnol en quelques jours, après l’attentat terroriste du 11 mars 2004 et le mensonge du gouvernement Aznar : « La Commune de Madrid. » À propos du stalinisme : « Je ne suis certainement pas de ceux que l’alliance de Staline avec les nazis scandalise. En effet, je l’ai toujours considérée comme un acte de lucidité stratégique […]. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie étaient des pays largement fascisés, où les Juifs et les communistes ont été victimes de persécutions continues […]. En revanche, il est totalement absurde de tenter d’accuser l’Union soviétique de comportements antisémites. […] Combien de fois nous a-t-on parlé de victimes innocentes ! D’ailleurs, la catégorie de l’innocence est toute relative. […] Bien sûr, le stalinisme a été quelque chose de monstrueux et de tout à fait inacceptable pour une infinité de raisons. Mais il a été, d’un autre côté, un phénomène extrêmement productif. » Contre Hannah Arendt : « Le concept de totalitarisme est absolument idéologique. » Ainsi pense Toni Negri. Soit : ces citations hors contexte, volontairement provocantes, sont expliquées et rééquilibrées dans le livre. Elles n’épuisent pas ce qu’il dit et se rattachent pour une part à l’idée hégélienne selon laquelle l’histoire ressemble à un « étal de boucher », elle n’a que faire – et la philosophie non plus – des belles âmes. Il n’empêche : dans ce livre, Negri bavarde, bavarde intelligemment sur une foule de choses, juge de tout, mais semble n’avoir rien appris. Chez lui, le totalitarisme du xxe siècle a moins de consistance que des « épiphanies » dont il fut récemment le témoin – ou le visionnaire exalté. La faiblesse du jugement historique n’a d’égal ici que l’enthousiasme des reconstructions imaginaires. L’un et l’autre dénaturent et effacent ce que Negri donne à penser d’intéressant sur notre société.

J.-L. S.

 
Le Seuil, 2007
309 p. 17 €