Canal Mussolini
Comme lors de la publication de Mon frère est fils unique (Paris, Le Dilettante, 2007), le dernier livre de Pennacchi a suscité maintes controverses en Italie. L’auteur y raconte l’histoire de sa famille, des paysans venus du nord pour participer à l’assèchement des marais pontins, grande initiative de Mussolini. Le point de vue adopté est celui d’un des petits-fils Peruzzi, délibérément subjectif, cocasse, truculent. Le roman embrigade le lecteur par son souffle et son ampleur, mêlant histoire d’Italie et saga familiale. Pourquoi tant de débats, alors ? Parce que, malgré sa valeur unanimement reconnue (et couronnée par le prestigieux prix Strega), le livre fait la part belle à la nostalgie de cette famille, qui a soutenu le Duce jusqu’au bout, donc, quelque part, à la nostalgie du fascisme lui-même, irrémédiablement associé aux souvenirs d’enfance. Pennacchi, auteur atypique au passé ouvrier, se revendique « écrivain de gauche mieux aimé par la droite que par la gauche », et il est indéniable que son talent dérange, car il place sans cesse le lecteur dans une position inconfortable, entre l’identification romanesque et la prise de distance politique. Une épreuve, en somme, mais qui vaut la peine qu’on se l’impose.
A. B.