Condition de l'homme global
Cet ouvrage poursuit le travail anthropologique au long cours d’Arjun Appadurai. C’est pour lui l’occasion de revenir sur ses deux précédents ouvrages traduits en français en 2005 et en 2009 (Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation et Géographie de la colère, voir son entretien dans Esprit sur cet ouvrage en mai 2007) et de rappeler que le second, qui mettait déjà l’accent sur l’envers de la globalisation (le terrorisme ethnique, les piratages de tous ordres, le hacking, les violences invisibles, les logiques sacrificielles, les méfaits de l’urbanisation…), était une réponse à l’optimisme du premier, qui s’inscrivait dans le sillage de la chute du mur de Berlin en 1989 (le titre anglais était Modernity at Large) et misait trop sur une réponse possible au tout-marché et au tout-économique par le culturel. Cette Condition de l’homme global avance dans trois directions qui permettent à l’auteur de réélaborer son projet : il revient d’abord sur l’ancrage wébérien (et donc comparatif) de son anthropologie culturelle avant de se pencher à nouveau sur l’urbanisation maladive (c’était la thématique centrale de Géographie de la colère) en s’arrêtant longuement sur le cas explosif de Bombay (territoire où il mène une recherche-action sur les conditions d’accès au logement de populations informelles, et où il s’efforce de mettre en place un enseignement supérieur pour ceux qui n’ont pas bénéficié d’une éducation de base). Ce qui le conduit dans un troisième temps à échafauder les conditions d’une « anthropologie de l’homme global » susceptible d’associer le local et le global. D’où des réflexions intéressantes sur les risques et sur la nécessité de passer d’une lecture économiste et statistique en termes de probabilités à une interprétation en termes de possibilités et de capacités culturelles. Ce livre a comme principal mérite d’en appeler à une rigueur anthropologique qui ne se contente pas d’observer que la « grande transformation » chère à Polanyi est effectivement à l’œuvre.
O. M.