LA SAINT-BARTHÉLEMY


Cet ouvrage historique offre un double intérêt. Il donne l’occasion de lire une historienne qui maîtrise remarquablement la Renaissance et les conflits opposant la noblesse française à la monarchie sur un sujet offrant une riche matière narrative. Il permet, ensuite, à partir d’un événement déterminant de l’histoire politique et religieuse française, de remettre en perspective le vaste sujet du développement de l’État et de la neutralisation des conflits religieux dans le cadre français. Replaçant les événements du 24 août 1572 dans le cadre des guerres de Religion (guerres françaises qui s’étalent de 1562 à 1598 et guerres européennes, dans lesquelles la France se trouve, à fronts renversés, alliée aux puissances protestantes), Arlette Jouanna montre que le massacre intervient paradoxalement dans une période de recherche de conciliation, qui suscite une méfiance et un désarroi prêts à verser dans la violence. En prenant en compte la politique internationale – en particulier les relations entre l’Espagne et l’Angleterre – dans l’analyse des événements, elle discute les principales thèses historiques qui ont cherché à comprendre l’événement jusqu’à présent. Selon l’interprétation originale et très documentée qu’elle propose, l’enchaînement des événements produit une situation d’exception : l’assassinat de l’amiral de Coligny crée un péril pour le salut de ­l’État, si bien que le roi recourt à une action préventive, en se justifiant au nom de la justice royale extraordinaire. Après l’examen détaillé de l’enchaînement des faits, Arlette Jouanna ouvre une non moins passionnante investigation sur les argumentaires qui se sont opposés autour de la justification des massacres par l’état d’exception : n’était-ce pas un changement de la nature du pouvoir monarchique qui était en jeu si l’on acceptait l’idée de la justice extraordinaire du roi ? Contre le développement de l’arbitraire royal, trois courants de pensée politique se distinguent : les « malcontents » qui prennent conscience de la marginalisation du rôle de la noblesse, les « politiques » qui veulent organiser la coexistence des religions sous l’autorité royale, les « monarchomaques » qui relativisent l’autorité royale et le devoir d’obéissance à partir d’une théorie de contrat. Malgré ces contestations, bien loin d’affaiblir la monarchie, ces journées marquent une étape décisive dans le renforcement du pouvoir royal et l’évolution de la monarchie vers l’absolutisme.
M.-O. P.

Gallimard, coll. « Les journées qui ont fait la France », 2007
400 p. 26 €