Ces Français fossoyeurs de l'euro


Contrairement à ce que le titre du livre laisse penser, cet essai ne met pas en cause la seule stratégie française dans la crise récente, en épousant le point de vue allemand. Le récit journalistique de la gestion de l’euro par le couple franco-allemand, mêlant vue des coulisses et histoire institutionnelle, depuis les premières discussions entre François Mitterrand et Helmut Kohl jusqu’à l’élection de François Hollande, montre plutôt des malentendus en série. Ceux-ci sont liés aux systèmes économiques, aux cultures politiques mais aussi et surtout, à partir d’un accord apparent entre Chirac et Schröder pour transgresser les règles de Maastricht, à une divergence de stratégie finalement lourde de conséquences : au moment où l’Allemagne de Schröder noue un pacte national pour la compétitivité, la France de Chirac se berce d’illusions sur la distribution de la « cagnotte ». Les deux pays, engagés dans des stratégies économiques opposées, seront donc surpris par la crise de 2008 qui poussera chacun à défendre des logiques différentes, et difficiles à rapprocher, au moment de sauver la Grèce puis l’euro. La conclusion met en cause le couple franco-allemand, dont la prépondérance dans le processus de décision européen finit par se faire au détriment de l’esprit européen (« Libérez-nous du franco-allemand »). Cinquante ans après le traité de l’Élysée, poursuivre la célébration de l’entente franco-allemande, estime le journaliste du Monde, c’est prolonger un malentendu qui contrarie l’avenir européen. Ce qui démontre, a contrario, que le débat européen passe par une meilleure compréhension des divergences entre Paris et Berlin.

M.-O. P.

Plon, Tribune libre, 2013
245 p. 18,50 €