VILLE ET SANTÉ MENTALE

Projections, politiques, ressources


Voilà un live rare et que l’on n’attendait plus. Dans une première partie, ce collectif s’interroge sur la capacité de l’institution médicale à rejoindre les espaces urbains où sévit la folie avec son lot de souffrances. Ce qui conduit à prendre acte de l’émergence de la psychiatrie de secteur à la fin des années 1960 et de sa lente et dramatique désagrégation (via Jacques Hochman, Esprit a suivi l’instauration du secteur), puis à se pencher sur les «   rares   » pratiques contemporaines concernant une folie dont on parle si peu (voir l’article consacré à l’atelier Santé/Ville d’Aubervilliers). De cela, il ressort que l’accueil de la folie fait question à des élus mais qu’on n’y répond quasiment plus institutionnellement, du moins si l’on excepte l’action en santé mentale autour des adolescents. Dans une deuxième partie, les auteurs interrogent la manière dont la démoralisation de certains territoires (et pas uniquement celui de ladite banlieue dont on ne sait pas toujours ce qu’elle désigne hors les cités majoritairement situées dans le 92) affecte la santé mentale aujourd’hui. Au-delà de la drogue ou des troubles de voisinage, les liens entre les défaillances spatiales et la dissolution des repères mentaux sont le point de mire des réflexions regroupées ici. Ce qui donne toute leur force aux textes finaux sur les espaces communs et intermédiaires (voir l’article de François Decoster sur le petit parc de la Courneuve). Le philosophe Henri Maldiney ou l’architecte Henri Gaudin rappellent souvent qu’on ne vit pas «   n’importe où   » «   n’importe comment   », ce qui revient à dire avec Alberti que «   l’art d’habiter   » est un invariant anthropologique. Un livre d’autant plus précieux que de nombreux professionnels de santé ont été surpris par le fait que, au-delà de la seule question de la folie, les établissements publics de la santé n’aient pas été pris en considération par les équipes d’architectes qui ont planché sur le Grand Paris.

O.  M.

Le Manuscrit, coll. « Sciences de la ville », 2009
524 p. 31 €