Les Clés retrouvées
Une enfance juive à Constantine
À travers le portrait d’une ville, Constantine, et du quartier juif où il a grandi, Kar Charrah, c’est une éducation politique des années 1950 et 1960 qu’évoque l’historien Benjamin Stora. Au-delà d’une histoire familiale bouleversée par la guerre d’Algérie, il rend sensible, par des portraits et des situations vécues, la situation intermédiaire des juifs d’Algérie. S’ils possèdent la nationalité française depuis le décret Crémieux (abrogé par Vichy et rétabli à la Libération), les juifs d’Algérie ne font cependant pas partie des « Européens », qui vivent d’ailleurs dans une autre partie de la ville. Les juifs de Constantine vivent avec les Arabes, dont ils partagent les habitudes quotidiennes, tout en étant séparés d’eux par un rapport différent à la France. Surtout, progressivement, l’arrivée de l’indépendance algérienne change les perspectives : faut-il croire aux promesses du Fln et se projeter dans l’Algérie nouvelle ? Ou partir pour la métropole ? La France est une référence plus rêvée que connue, proche et lointaine, si bien que le choc de l’arrivée en 1962, dans des conditions difficiles malgré la grande solidarité familiale, est rude. Entre le pays perdu et une autre patrie rêvée, Israël, que peut devenir l’identité orientale des juifs français venus d’Algérie ? Cette histoire sentimentale et politique, qui plaide pour une intégration ouverte, reconnaît les droits de la nostalgie et de la mémoire tout en rattachant le récit personnel aux soubresauts collectifs de l’histoire.
M.-O. P.