Prisons de Lyon

Une histoire manifeste


Le 3 mai 2009, tous les détenus des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph du quartier Perrache à Lyon ont été transférés dans la prison ultramoderne de Lyon-Corbas. Avec ce déménagement, c’est un morceau de la ville, une partie de son histoire mais aussi un lieu emblématique, très central, qui se détache et prend le large. D’où l’idée de consacrer tout un ouvrage, richement documenté et illustré, à l’histoire mal connue de l’enfermement à Lyon, pour mieux comprendre les évolutions de l’architecture, les relations à l’espace urbain environnant mais aussi l’expérience de l’enfermement des ­prisonniers et de leurs proches. La prison, c’est également un témoin de longue durée de l’histoire locale, notamment de l’histoire de la Résistance. Parmi les prisonniers passés par Saint-Paul pendant la guerre, Emmanuel Mounier, arrêté en janvier 1942, après l’interdiction d’Esprit en août 1941. Bernard Comte retrace cet épisode qui donne un aperçu, grâce au journal personnel que Mounier s’astreignait à tenir, des conditions de vie réelles des prisonniers et explique l’intérêt persistant de la revue pour les prisons par la suite (Jean-Marie Domenach est cofondateur du Groupement d’information sur les prisons, Gip, avec Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet). Sur l’espace libéré dans la ville, un projet urbain et social, porté par l’association Habitat et humanisme, commence à voir le jour en cherchant à ne pas recouvrir la mémoire des lieux mais à redonner à cet espace une fonction intégrative que la prison renvoyée en périphérie a déjà, pour sa part, plus de mal que jamais à favoriser.

 

M.-O. P.

Editions Lieux dits, 2013
225 p. 32 €