La philosophie politique de Claude Lefort


C’est dans la collection que Claude Lefort a lui-même créée et animée chez Belin jusqu’à sa mort, à la fin de l’année 2010, que cet ouvrage qui lui est consacré est aujourd’hui publié. L’initiative est d’autant plus louable que ce livre parvient à nouer « le travail de l’œuvre Claude Lefort » autour de quatre thématiques traitées avec rigueur : celle de l’interprétation du Prince et des discours de Machiavel, celle de la prémodernité et celle de la modernité, enfin celle du totalitarisme, appréhendé sous l’angle des « mesures prises » et d’un « type de régime » qui est reconsidéré après la chute du Mur. Mais tout le mérite du travail de Bernard Flynn (enseignant à New York) est de souligner que Lefort n’est pas un philosophe politique parmi d’autres dans un temps de consécration/banalisation de la philosophie politique, mais l’un des rares susceptibles de redonner sens à une philosophie politique devenue une denrée rare. Ainsi, la comparaison esquissée avec Hannah Arendt permet de préciser deux divergences entre ces auteurs : d’une part, la différence entre le totalitarisme et la démocratie moderne n’est pas selon Lefort une question de nature mais de degré ; d’autre part, Arendt exagère le rôle du mouvement dans le totalitarisme au risque de sous-estimer une tendance à l’immobilité qui n’est pas sans rappeler les sociétés prémodernes. Cet ouvrage n’est pas seulement une mise en perspective sérieuse et originale des analyses de l’auteur d’Un homme en trop mais une interrogation sur la philosophie politique elle-même et sur la modernité, fort bien distinguée ici de la prémodernité.

O. M.

Belin, Littératures et politique, 2012
384 p. 29,45 €