LA CRISE DE 1929
La crise actuelle, se demande-t-on parfois, déclenchée par l'effondrement des bourses en 2008, aura-t-elle son Keynes qui trouvera le remède aux déséquilibres actuels comme l'économiste britannique avait trouvé une réponse à ceux des années 1930 ? À lire en continu ces deux ouvrages, il apparaît que le lien entre les leçons du krach et le développement du keynesianisme n'a pourtant rien d'évident. Keynes lui-même n'a pas consacré une grande attention à l'explication systématique de la crise et le New Deal de Roosevelt, peu impressionné par ses rencontres avec l'auteur de la Théorie générale, reprenait pour l'essentiel des recettes d'interventions publiques éprouvées (mais reste hostile aux déficits publics). L'originalité de Keynes, ici, consiste à se détourner de la question des causes et des enchaînements de la crise et de privilégier l'avenir et les objectifs, surtout le plein-emploi. Mais la crise actuelle, à l'inverse, justifie à nouveau de se pencher sur les mécanismes comme ceux de la spéculation ou du contournement des règles bancaires qui ont provoqué une panique d'ampleur mondiale. Au-delà de l'importance de la prise en compte du chômage involontaire, l'autre grand chantier d'intervention de Keynes, y compris dans une position politique, portait sur le système monétaire international, qui mit longtemps à se reconfigurer des années 1920 aux années 1940 et qui prend, à nouveau avec la crise en cours, une nouvelle acuité dans les débats entre dollar, euro et yuan. Si, au final, le parallèle doit rester prudent entre les deux périodes, l'auteur fait bien ressortir la variété des expressions nationales de la crise et le constat qu'il s'agissait bien, comme sans doute aujourd'hui, d'une « rupture de trajectoire à l'échelle mondiale ».
M.-O. P.
M.-O. P.