Quand la gauche se réinventait

Le PSU, histoire d’un parti visionnaire (1960-1989)


Quand le Psu (Parti socialiste unifié) s’auto-dissout en 1989, ce n’est pas à cause de la chute du Mur de Berlin – qui aurait plutôt dû lui donner des ailes –, mais à cause d’une série d’élections décevantes pour lui après l’entrée d’Huguette Bouchardeau dans le gouvernement Mauroy en 1983. L’analogie avec ce qui se passe aujourd’hui chez Europe écologie Les Verts est frappante : rien de tel qu’un passage par le pouvoir pour défaire un parti portant des propositions utopiques, radicales ou d’une générosité qui rompt avec le cours ordinaire de la politique ou de l’économie. Le Psu reste ce parti né en 1960 pour inventer un socialisme vraiment « de gauche », ni communiste, ni gauchiste, ni social-démocrate façon Sfio, ni a fortiori « radsoc », mais très radical dans son anticapitalisme et sa conception d’un socialisme démocratique, et séduisant à tous ces titres pour nombre d’intellectuels et de militants de divers horizons. Bernard Ravenel, militant du Psu de la première à la dernière heure, raconte ici cette histoire politique mouvementée avec empathie, sans cacher les limites et les erreurs d’un parti atypique, plus important par la diffusion de ses idées et la qualité intellectuelle et humaine de ses militants que par ses succès électoraux ou sa séduction dans la classe ouvrière pourtant constamment invoquée. Le rôle important – et modérateur – de Rocard dans la première période est bien souligné. A posteriori, on est certes frappé par le côté « visionnaire » que souligne le titre (le Psu « lance » la réduction du temps du travail, la démocratie locale, la sortie du nucléaire ou des alternatives au nucléaire, l’émancipation des femmes, le vote des immigrés, la préservation de l’environnement…). Mais la réalisation laisse tout de même à désirer, et le grand thème de l’autogestion lancé avec la Cfdt a fait pschitt dès le début des années 1980. Ce qui frappe aussi, c’est combien toutes ces nouveautés (y compris l’autogestion) sont enrobées dans la rhétorique antérieure des années 1950-1960, celle du mouvement ouvrier en lutte contre le capitalisme industriel : du vin nouveau dans de vieilles outres. Mais à ceux qui ont vécu la période, le livre rappelle d’innombrables souvenirs d’événements (et d’idées auxquelles on a cru), et le parcours complet des trente ans de vie du Psu est passionnant. À noter qu’Esprit est présent dans cette histoire à travers des individualités, mais non comme revue, une absence qu’il serait intéressant de vérifier – et d’expliquer si elle est confirmée.

J.-L. S.

La Découverte, 2016
365 p. 24,50 €