Ces femmes antifemmes

Aux sources inattendues du genre


Le combat des suffragettes, l’audace des « garçonnes », les réflexions des premières féministes ne suscitent pas que des vivats au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui a mobilisé les femmes dans les usines, bureaux et hôpitaux : ils rencontrent des oppositions, y compris chez des femmes instruites, originales et libres. Cette part d’ombre du féminisme est révélée à partir de morceaux subtilement choisis par Bertrand Matot et complétés par des informations biographiques et des réactions de la part de féministes. Ces femmes antifemmes savent écrire et leurs dénonciations du féminisme ne relèvent pas que de la caricature réactionnaire et catholique. Marthe Borély, dans le Génie féminin français, associe féminisme et socialisme et fait l’apologie du statut de la femme dans l’islam, avant d’élaborer un contre-féminisme qui dénonce les juives et une partie du clergé acquis à la cause féministe ! Gina Lombroso refuse la masculinisation des femmes dans l’Âme de la femme : « Le vrai bonheur chez la femme est d’être aimée et d’aimer, de pouvoir dédier aux autres ses actions et ses intentions, et de vivre dans l’illusion qu’elle est tout pour les autres. » Colette Yver, prix Fémina en 1907 pour Princesses de science, catholique, collaboratrice à La Revue des deux mondes, part en guerre contre le féminisme qui brise la famille et provoque le chômage… Rachilde, pourtant la sulfureuse auteure de Monsieur Vénus (1884), épouse d’Alfred Vallette et codirectrice du Mercure de France, écrit dans Pourquoi je ne suis pas féministe (1928) : « Les femmes sont les frères inférieurs de l’homme, simplement parce qu’elles ont des misères physiques les éloignant de la suite dans les idées que peuvent concevoir tous les hommes en général, même les moins intelligents. » La plus étonnante de ces antifemmes est Valentine de Saint-Point, qui observe dans son Manifeste de la femme futuriste (1912) : « La femme doit être mère ou amante. » Ce petit ouvrage très bien mené est passionnant et démontre que rien n’est jamais vraiment acquis.

Th. P.

Lemieux, 2017
184 p. 16 €