De l’éminente dignité des pauvres
Présentation par Alain Supiot
Si l’on en juge par le texte sur Simone Weil qu’Esprit a publié de lui récemment, Alain Supiot est coutumier de cet art de faire résonner à l’oreille de ses contemporains l’actualité de pensée d’un classique. Et quel classique dans le cas du sermon de l’Aigle de Meaux, prêché en 1659 aux filles de la Providence ! Sa démonstration se développe en trois séquences limpides et décapantes correspondant à trois renversements successifs : « le renversement des notions de richesse et de pauvreté » (il y a de la richesse dans la pauvreté et de la pauvreté dans la richesse), « le renversement des conditions humaines » (les pauvres servent les riches mais ce sont les riches qui devraient servir les pauvres) et le renversement actuel de l’État social en État ploutocratique. Ce dernier est analysé en profondeur dans les cours de Supiot au Collège de France, récemment publiés chez Fayard sous le titre la Gouvernance par les nombres. D’où l’indispensable piqûre de rappel qui conclut son exercice : « Ce n’est pas la pauvreté qui est créatrice d’un droit à être secouru, mais la participation à un système de solidarité au sein duquel chacun peut être à la fois créancier et débiteur à proportion de ses besoins et de ses ressources. C’est ce qui distingue la solidarité de l’assistance et en fait un instrument de l’égale dignité entre humains. »
O. M.