La revanche de l’histoire


« Les passions ancrées dans l’Histoire s’affirment de plus en plus comme un ressort essentiel des rapports de force internationaux » : Daech veut effacer Sykes-Picot, Poutine se proclame défenseur des russophones dans tout son voisinage, Erdogan se réfère au passé impérial turc… Cet essai, placé sous la double inspiration de Thèrèse Delpech et de Pierre Hassner, deux auteurs qui ont toujours souligné l’importance des passions pour l’analyse des relations internationales, permet de faire le point sur cet étrange retour de la mobilisation du passé pour la justification des actions du pouvoir – un passé parfois recomposé pour les besoins de la cause… Entre histoire et géopolitique, manipulations et flambées de la mémoire, l’auteur nous accompagne dans « un tour du monde des fantômes du passé » qui n’est guère rassurant. On voit en effet la montée des tensions en Asie avec le retour des revendications nationales sur les espaces maritimes, l’incessante réactivation des conflits religieux et identitaires au Proche et au Moyen-Orient, le retour de la passion impériale en Russie, la difficulté de surmonter la violence dans les Balkans et même le regain des nationalismes en Europe (Hongrie, Pologne). Le livre s’achève par une réflexion politique réaliste sur « le bon usage du passé » qui invite à se méfier des raccourcis historiques, des simplismes sur la repentance ou le roman national. Un seul regret : une reprise du thème de la « politique de la juste mémoire », développé par Paul Ricœur dans la Mémoire, l’histoire, l’oubli, aurait dû trouver sa place dans cette réflexion informée, qui a le grand mérite de donner une vue toujours nuancée sur des questions controversées.

M.-O. P.

Odile Jacob, 2017
140 p. 18,90 €