Métamorphoses de l’intelligence

Que faire de leur cerveau bleu ?


Cet ouvrage, qui reprend des conférences données à l’université de Californie (Irvine), suit les « trois métamorphoses » de l’intelligence : sa caractérisation comme entité mesurable (les tests de quotient intellectuel), le paradigme épigénétique (la reconnaissance du rôle central de la plasticité neuronale) et l’âge de l’intelligence automatique. Il constitue la critique d’un livre précédent de Catherine Malabou, Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2004 et 2011). Dans le premier, l’auteur pouvait faire de la plasticité neuronale le propre de l’intelligence humaine, considérée comme fondement d’une philosophie de la liberté. Mais, sous le coup des avancées de l’intelligence artificielle (les puces « synaptiques » notamment), il apparaît désormais que l’intelligence est « toujours déjà artificielle ». La dichotomie entre intelligence naturelle et automatismes mécaniques doit donc être abandonnée au profit de leur complicité dialectique. Le développement des neurosciences et de l’intelligence artificielle (par exemple, le programme européen Blue Brain – qui donne son sous-titre à l’ouvrage – cherche à créer un cerveau synthétique) n’est ainsi pas à déplorer, sur un mode réactionnaire et technophobe : il s’agit de le « laisser être, sans juger », mais en l’inscrivant dans la vision politique d’une « démocratie expérimentale », inspirée de John Dewey mais renouvelée par les potentialités de « l’être-ensemble cybernétique ».

Jonathan Chalier

PUF, 2017
184 p. 15 €