La Vie parfaite
Jeanne Guyon, Simone Weil, Etty Hillesum
Dès lors que l’on considère la mondialisation comme une rupture historique mettant à mal les forces d’intégration (pyramidale et verticale) qui ont caractérisé les sociétés industrielles, la question de la misère humaine et sociale est revenue au premier plan. C’est pourquoi une pensée comme celle de Simone Weil, tout comme celle d’Ivan Illich qui retrouve une actualité inattendue pour d’autres raisons, suscite un intérêt croissant. Face à une approche volontariste sur les conditions de l’action, Simone Weil privilégie ce qui est « subi », non contrôlable, à travers deux formes de passivité, la misère extrême et la joie extrême. Blanchot évoquait à propos de cette œuvre les catégories de Malheur et d’Attention (« Le malheur est l’extrême de l’inattention. L’attention est l’attention qui se rend supportable au malheur qui ne le supporte pas »). Loin de conforter l’image de la mystique chrétienne, certains des textes regroupés ici par François L’Yvonnet (ceux de Robert Chenavier, Patricia Little, Monique Broc-Lapeyre entre autres) sont une belle entrée en matière au recueil de textes récemment publiés chez Gallimard dans la collection « Quarto » sous la direction de Florence de Lussy. Même si la comparaison adoucit les angles et neutralise quelque peu la spécificité des auteurs, l’ouvrage de Catherine Millot, qui met en relation les figures de Jeanne Guyon, Simone Weil et Etty Hillesum, frappe par sa rigueur et sa volonté de pénétration d’une perfection qui est en partie étrangère à l’auteur.
O. M.
O. M.