Signoret ou la traversée des apparences
Premier souvenir, la photo de la star qui incarne Casque d’or de Jacques Becker en 1952 exprime toute la beauté d’une femme qui vit à l’écran l’amour d’une « putain » pour un ouvrier. Tout prédestinait Simone Signoret à être une « star » en France, mais les auteurs de la nouvelle vague ne l’ont pas sollicitée (en dépit de l’admiration de Truffaut). Ce qui l’amena à faire carrière aux États-Unis où elle reçut à Hollywood un oscar pour son interprétation dans les Chemins de la haute ville (Jacques Clayton, 1959). Elle a connu le grand amour avec un chanteur populaire d’origine italienne qui était, lui, une star masculine aimant les femmes. La vie à deux qui passait par les passions furtives de Montand s’appuyait sur un compagnonnage politique qui devait les conduire, l’un et l’autre, de l’aveuglement des compagnons de route du Saint-Germain-des-Prés littéraire à une critique du goulag et des procès staliniens. L’Aveu, le film de Costa Gavras où Montand joue le rôle d’Arthur London durant les grands procès, et la publication de La nostalgie n’est plus ce qu’elle était ont été deux étapes décisives. L’auteur de ce livre discret insiste ensuite sur la seconde carrière de Signoret, celle qu’inaugure le Chat en 1971 où elle incarne, avec Jean Gabin, un couple vieillissant qui ne s’adresse plus la parole, vit avec les rides de la vie et les traces de l’alcool. Voilà une star qui n’est pas déchue et qui montre à son public qu’elle sait vieillir. Elle joue un personnage qui habite le corps de la comédienne, et non l’inverse. Ont suivi un film adapté de la Vie devant soi qui parle là encore d’une putain vieillie (l’envers de Casque d’or), une traduction et un roman, Adieu Volodia. Comme elle l’a toujours désiré, et sans jamais trahir Montand, Signoret se mettait en scène sans maquillage et, devenue femme écrivain, elle écrivait une vie qui était la sienne. Les femmes et les hommes ne vieillissent pas bien au cinéma (sauf peut-être Isabelle Huppert en France aujourd’hui) ou jouent ces rôles de stars déchues que Hollywood adore. Autrement, seuls les vieux machos comme Gabin ou les cinglés comme Depardieu vieillissent à leur manière.
O. M.