CHEMINS DE SABLE
Conversation avec Claude Plettner
Après le Louis XVI (Perrin) de Jean-Christophe Petitfils et le Varennes (Gallimard) de Mona Ozouf, voilà un troisième ouvrage qui invite à porter un regard moins sévère sur le dernier roi de France. De manière originale, Bernard Vincent, américaniste à qui l’on doit un livre consacré à Thomas Paine, souligne le soutien ferme et philosophique de Louis XVI à la Révolution américaine (« La naissance de la république américaine fut sans conteste la plus grande réussite du règne de Louis XVI – une entreprise risquée et aux conséquences incalculables dont il fut, côté français, le principal maître d’œuvre »). S’il se penche parallèlement sur son intérêt continu pour les voyages de La Pérouse, il insiste aussi sur l’opposition dont Louis XVI fut l’objet de la part du libéral américain Thomas Paine (« La Société républicaine est un club qui ne comptera jamais plus de cinq membres et n’aura qu’une existence éphémère, mais grâce à la plume acérée du pamphlétaire Thomas Paine, voilà qu’il élabore un manifeste républicain et appelle les Français, dans l’esprit de la Déclaration américaine d’indépendance, à en finir avec une monarchie qui ne leur a valu qu’une “longue suite de malheurs publics” »). Drôle de paradoxe que de voir ce partisan de la Révolution américaine devenir la victime d’un révolutionnaire américain. Si cet ouvrage se démarque de la biographie de Stefan Zweig qui tendait à opposer Marie-Antoinettte et son mari, Chantal Thomas, l’auteur d’un beau livre sur les derniers jours de Marie-Antoinette (les Adieux à la reine, Paris, Le Seuil), invite pour sa part à pratiquer une historiographie du quotidien échappant à des grilles d’analyse trop idéologiques. « Ce que j’ai cherché, touchant Marie-Antoinette, c’est de la montrer en train de changer, dans cette prise de conscience soudaine et tragique qui la fait passer d’un personnage frivole à un personnage héroïque. Et il m’a semblé que le roman, plus que l’essai, pouvait dire comment on change, comment on peut même changer radicalement et rendre nuls et absurdes tous les qualificatifs qui pèsent sur nous ; mais comment aussi les éléments qui ont contribué au changement étaient déjà là, mais latents, non reconnus. » Avec discrétion, Chantal Thomas évoque dans ce livre de conversation ses propres évolutions, la manière dont elle peut s’intéresser par exemple à Thomas Bernhard (Le Seuil vient de rééditer son ouvrage consacré à cet auteur) et au marquis de Sade comme à Marie-Antoinette (qui est également le personnage titre du dernier film de Sofia Coppola).
O. M.