Petite vie de Charles Péguy
Préface de Claire Daudin
Année de commémoration de la mort de l’écrivain, 2014 devrait être celle d’une (re)découverte et d’une prise de conscience. En effet, si l’on se fie au rythme soutenu des colloques et publications annoncés sur le site officiel consacré à l’écrivain, dont la réédition des Œuvres poétiques complètes dans La Pléiade est prévue pour l’automne, l’intense « actualité Péguy » devrait surtout permettre de mieux appréhender l’actualité de Péguy. L’ouvrage de Charles Coutel s’inscrit dans cette perspective en proposant de relire l’ensemble de l’œuvre du « poète philosophe » à partir de l’idée de « petite vie ». Or le pari herméneutique semble risqué puisqu’il s’agit d’une notion tardive (1911) et apparue en pleine polémique avec Fernand Laudet qui attaque le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc avec des arguments obtus. En situation critique, Péguy défend alors la subordination de la vie publique aux « petites vertus » de la vie privée et invente ainsi la « petite vie ». Cette éthique rigoureuse, axée sur la « fidélité à soi-même », dont Jeanne d’Arc est le modèle, s’enracine dans les apprentissages déterminants de l’enfance, et s’avère intrinsèquement subversive. La « petite vie » inspire la « mystique » péguyste, comme Charles Coutel s’attache à le montrer : Péguy est ainsi un « catholique anticlérical » et, en politique, ses engagements seront toujours ceux d’un « socialiste libertaire internationaliste ». Mise à l’épreuve et corroborée par une méthode de « recroisement » minutieux entre les textes, les grandes périodes de la vie et de l’œuvre, ainsi que les événements historiques, la « petite vie » devient ainsi un dispositif pour « comprendre l’infléchissement éthique et religieux de Péguy ». Les interprétations abusives de gauche et de droite, la curée exégétique inaugurée par Barrès juste après la mort de Péguy n’ont ainsi plus de prise sur une œuvre dont la cohérence a été identifiée. Le Péguy que Charles Coutel « reconstruit » à partir des idéaux inhérents à la « petite vie » forme une « cathédrale d’esprit ».
Isabelle de Mecquenem