TRAVAIL ET CLASSES SOCIALES

La nouvelle donne


Christian Baudelot s'inscrit ici dans le cadre des analyses formulées en termes de « structures » de classes (ce qui ne veut pas dire « luttes ») afin de souligner les tensions au sein de celles-ci. Tels en sont selon lui les traits saillants : « - En haut les actionnaires imposent à tous mais particulièrement aux cadres des rythmes de travail et de productivité de plus en plus élevés ; - au milieu les petits fonctionnaires, instituteurs, infirmiers, les techniciens et les employés supérieurs décrochent de la classe moyenne en perdant un attribut décisif (l'accès à la propriété du logement) ; - en bas se produisent des ruptures entre une fraction des classes populaires, la France des petits moyens, qui s'en tire avec difficulté mais qui s'en tire, et des fractions précarisées qui tombent dans la pauvreté et la galère. » Mais, au-delà de ces constats, la précision et la rigueur de propos énoncés, dans le cadre d'une réunion organisée par l'association Emmaüs, permettent d'aborder diverses questions. Celle de l'héritage qui est la source majeure d'inégalité (l'écart d'inégalité entre les mieux dotés et les moins dotés est de 1 à 4 en matière de salaire et de 1 à 70 en matière de patrimoine), ou celle du capital humain (en France, il est difficile de trouver sa place sur le marché du travail, ce qui veut dire que tel niveau de diplôme, par exemple bac + 5, ne vaut qu'en fonction du salaire qu'il permet de décrocher). Quant aux stratégies de luttes, le sociologue remarque que les classes dominées essaient d'abord de survivre et que, dans l'histoire, les classes sociales les plus offensives n'ont jamais été les plus pauvres et les plus écrasées.

O. M.

Éd. Rue d’Ulm, 2010
68 p. 5 €