Rouler


Rouler, aller de l’avant on ne sait pas où, descendre vers le sud sans la moindre idée de la route, passer par le Centre, les Cévennes, les Alpilles, puis Marseille, au hasard. On ne sait pas pourquoi, on ne connaît pas l’histoire, l’homme qui roule en voiture n’ira pas voir un vieil ami comme il l’avait initialement prévu, il lui faut éviter tout contact. Tout en roulant, les rencontres se succèdent par hasard, celles de couples avec lesquels il noue des relations étranges car ils le sont eux-mêmes : un couple d’entrepreneurs à qui il vient en aide dans un hôtel, un couple de jeunes auto-stoppeurs qui n’a pas peur de la nudité, un couple d’isolés qui ont fait le choix de vivre dans une maison perdue au fond d’une vallée où il s’est lui-même égaré, puis un microcosme bizarre rassemblé dans une maison d’hôte avec une piscine. On comprend que chacun roule à sa manière, homme et femme, que chacun a des histoires compliquées et que personne ne veut se raconter. Reste que cette histoire de fuites successives tient fort bien la route. L’écriture captive sans jamais céder au minimalisme, elle intrigue en raison même de ces histoires toutes impossibles qui deviennent, au fil du récit, l’histoire du narrateur. Mais on ne saura rien de plus sur celui qui roule pour rouler. On imagine bien qu’il a eu des histoires de couple, et il sera ramené à la réalité par un vieil homme attachant à qui il apprend à nager dans la piscine de la maison d’hôte. Le vieil homme insolite, qui a eu de sacrées histoires, va mourir à côté de lui et provoquer le choc. Il peut enfin entendre, il lui faut entendre une voix, celle d’une ou d’un autre. Le livre joue ainsi subtilement du décalage entre la fuite et le désir, entre le contact avec l’autre et la rencontre impossible.

O. M.

Editions de l'Olivier, 2011
180 p. 15 €