L'anthropologie face aux problèmes du monde moderne


Ces deux recueils, plus accessibles que ses travaux savants, mettent bien en scène des pratiques lévi-straussiennes. Celle de l’anthropologue qui réfléchit en contemporain sur le sida, les mères porteuses ou la génétique des populations, risque des hypothèses et s’inquiète toujours de « l’optimum de diversité » : « On peut se demander si des sociétés qui deviennent énormes chacune pour son compte, et qui tendent à devenir pareilles les unes aux autres, ne recréeront pas fatalement dans leur propre sein des différences situées sur d’autres axes que ceux où se développent des similarités. Peut-être existe-t-il un optimum de diversité qui, toujours et partout, s’impose à l’humanité pour qu’elle reste viable. »
Une autre pratique est celle du voyageur qui se penche sur les « écarts différentiels » entre les cultures, ce qui nous vaut ici un « détour japonais » peu surprenant de sa part même s’il fut tardif (alors que son père peintre lui offrait des estampes japonaises durant son enfance, ce n’est qu’en 1997 que Claude Lévi-Strauss, né en 1908, se rendit au Japon pour la première fois). Cette passion du Japon n’est pas anecdotique ni anodine, elle renvoie à une relation singulière à la nature et à un art d’habiter qu’il ne trouve pas en Europe et encore moins en France qui est, pour lui, le pays « inverse » du Japon : « Si la France, dans la lignée de Montaigne et de Descartes, a poussé plus loin peut-être qu’aucun autre peuple le don d’analyse et la critique systématique dans l’ordre des idées, le Japon a, de son côté, développé, plus qu’aucun autre peuple, un goût analytique et un esprit critique s’exerçant dans tous les registres du sentiment et de la sensibilité. » Il n’est pas étonnant que l’anthropologue qui a voulu réconcilier le sentiment et l’intellect soit attiré par un monde où le sentiment est profondément respecté et où il est possible de connaître des émotions profondes comme celle qu’il a connue devant le paysage du mont ­Kirishima.

O. M.

Seuil, 2011
160 p. 14,50 €