Nous sommes tous des cannibales


Les seize textes regroupés dans le livre de Cl. Lévi-Strauss, tous consacrés à un sujet d’actualité (comme la vache folle), ont été écrits entre 1989 et 2000 à la demande du quotidien italien La Repubblica. Il en ressort une interrogation récurrente chez l’auteur de Tristes Tropiques qui porte sur la pluralité des modes de développement, sur le poids de la démographie, sur le Japon, mais aussi des incursions dans l’univers de la peinture (Poussin) ou de la pensée (Auguste Comte et l’Italie, Montaigne et l’Amérique, Vico). Autant de textes qui traduisent un état d’esprit cherchant à échapper au rationalisme comme au relativisme : « D’un côté la philosophie des Lumières qui soumet toutes les sociétés historiques à sa critique et caresse l’utopie d’une société rationnelle. De l’autre le relativisme qui rejette tout critère absolu dont une culture pourrait s’autoriser pour juger des cultures différentes. Depuis Montaigne et à son exemple, on n’a pas cessé de chercher une issue à cette contradiction. » Parallèlement à ces réflexions de l’ethnologue sur sa société et celle des autres, on peut se reporter au travail de Martine Segalen qui porte sur les rituels contemporains. Des rituels sans cesse réinventés : « Il n’existe pas de rituels “nouveaux”, écrit-elle dans la deuxième édition de cet ouvrage initialement publié en 1998, mais des rituels “contemporains” qui puisent à un stock de références toujours plus globalisées mais réinterprétées localement. »

O. M.

Le Seuil, La Librairie du XXe siècle, 2013
288 p. 21 €