La sécurité sociale
Une institution de la démocratie
Prendre du recul sur l’histoire de la Sécurité sociale française est une bonne manière de s’émanciper des débats comptables qui accompagnent le « déclassement » actuel de l’idée de protection collective : le débat est réservé à des techniciens de la comptabilité publique, comme s’il n’était plus possible de chercher dans la « Sécu » un projet politique à part entière. Il ne s’agit pas de nier les contraintes économiques mais de remonter aux difficultés de conception du projet politique lui-même. En effet, les institutions mises en place en 1945 n’ont pas véritablement surmonté le conflit entre deux conceptions antagonistes : d’un côté, un projet de solidarité nationale universelle, qui supposait un régime institutionnel unifié ; de l’autre, un projet assurantiel et catégoriel, qui respectait les revendications professionnelles. À partir de cette équivoque fondatrice, notre système a évolué par extensions successives des protections au-delà du salariat sans parvenir à redonner un cadre lisible aux principes de l’affiliation. D’où la difficulté actuelle des débats, qui souffrent de l’opacité de nombreux dispositifs et de la dilution des responsabilités entre assurés, gestionnaires, partenaires sociaux, État et groupes privés. Tant que l’équation budgétaire n’est pas réglée, on laisse se développer les assurances complémentaires, qui renforcent progressivement la logique assurantielle que le projet de 1945 voulait limiter. Dans ces conditions, le système peut-il rester crédible ? N’est-ce pas d’abord là que réside aujourd’hui l’affaiblissement de la solidarité ?
M.-O. P.