Dictionnaire des mondialisations


Voilà un ouvrage utile, pour ne pas dire
indispensable. Tout d’abord son caractère
fédérateur et interdisciplinaire (des géo-
graphes, économistes, historiens, sociologues,
politologues y interviennent) a pour
effet bénéfique de ne pas réduire la mondialisation
à un phénomène strictement
économique. Prise en ce seul sens, en effet,
la mondialisation est le plus souvent à l’origine
d’une approche militante confinant
souvent à la rhétorique du complot capitaliste
mondial. Conjugué au pluriel, le thème
de la mondialisation permet d’identifier des
problèmes structurels liés à des ruptures
historiques (révolution technologique, nouveau
régime de croissance, reconfigurations
territoriales, affaiblissement de l’État sur
le plan économique et renforcement de son
rôle sécuritaire, migrations et revendications
identitaires) qui sont vécus différemment
aux divers endroits de la planète. Le
resserrement du monde va de pair avec son
élargissement qui se caractérise par la pluralité
des mondes émergents. Composé en
outre de courts essais permettant de cadrer
« globalement » les questions, d’approches
thématiques et de glossaires judicieux, cet
ouvrage permettra à beaucoup de prendre
acte du caractère multidimensionnel de la
mondialisation et d’en saisir les diverses
appréhensions. Sur un plan délibérément
politique, le maître d’œuvre, l’urbaniste
Cynthia Ghorra-Gobin, invite à dépasser
divers paradoxes en vue de favoriser une
gouvernance mondiale : combler le décalage
entre la configuration spatiale de l’économie
globale et la conscience d’une
richesse non partagée, dépasser l’idée d’un
clash au profit d’une volonté d’universalisation
des valeurs fondamentales, reconnaître
le chaînon manquant (à savoir un
marché du travail ne bénéficiant pas aux
seules classes cosmopolites et tenant
compte des flux migratoires) du volet économique
de la mondialisation pour
construire une planète relationnelle. Mais,
dans l’esprit d’Ulrich Beck, elle suggère
également d’appréhender à leurs divers
niveaux l’interdépendance des espaces territoriaux
et des espaces globaux, alors que
l’affaiblissement de l’État laisse croire qu’il
n’y a pas d’autre issue que des solutions
supra-étatiques ou infra-étatiques.
O. M.

Armand Colin, 2006
404 p.