La Crise de la représentation
La crise de la représentation ? Bougnoux, orfèvre en la matière, propose un diptyque. Ce premier livre, fourmillant d’exemples (voir ses commentaires d’un conte de Borges, le Congrès, ou de Gabrielle, un film de Patrice Chéreau), qui porte essentiellement sur le théâtre (Avignon 2005 et Jan Fabre sont encore dans sa tête), la télévision et la peinture, sera suivi par un deuxième qui prendra en compte directement la crise de représentation politique. Après une ouverture sans surprise (la crise de la représentation entendue comme crise du symbolique et de la transmission), Bougnoux offre une série de réflexions contribuant à distinguer la scène (décalage entre la salle et l’aire de jeu) et le spectacle (la tauromachie joue avec la mort réelle) auxquels il faudrait ajouter la fête que Rousseau, les révolutionnaires, mais aussi les gens d’Église préfèrent à la scène de théâtre. Mais surtout, précisant ce qu’il appelle la passion contemporaine pour un réel de plus en plus cru, il avance dans la compréhension de cette crise de la représentation. « De substitutif, notre préfixe re- (de représentation) est donc devenu augmentatif ou emphatique : la représentation est une présence renforcée, surlignée. En songeant à la relation théâtrale, nous dirons : une présence à laquelle on assiste, une présence assistée. » Bougnoux invite alors à voir dans les formes contemporaines de représentation une transformation du rapport à la réalité. C’est pourquoi l’on regrette qu’il ne se confronte pas plus au problème inédit du virtuel exacerbé par les nouvelles technologies (ce virtuel qui produit moins une sanctification du réel que sa dévalorisation en déchaînant les possibles, selon J.-T. Desanti), et conclut par des propos attendus sur le visage (Levinas comme penseur de l’incarnation !) ou sur l’image comme présence d’une absence, ce par quoi il avait commencé. Si les flux d’images ont la suprématie, si le visuel rend tout visible (et même l’invisible), la question n’est pas d’aller à la pêche à l’invisible mais de prendre à revers ces flux, de les pacifier, de les calmer, de les assagir… Alors que l’art et la production culturelle font l’inverse.
O. M.
O. M.