L’AFFAIRE
L’histoire du plus grand scandale financier français
Entre les Carnets (écoulés par morceaux) d’Yves Bertrand, un ancien patron des Renseignements généraux, qui rappellent qu’il y a des journalistes d’investigation qui ne sont jamais allés plus loin que son bureau pour « traquer » des sujets et leurs sources, et le gentil brûlot publié contre Le Canard enchaîné qui constate – sans surprise ! – que le journal satirique est effectivement « enchaîné » à quelques avocats (et pas des moindres, à commencer par Roland Dumas) et informateurs d’État qui font le tri, on finirait par désespérer du journalisme d’enquête. Par contraste, dans l’Affaire (un ouvrage qui porte sur le montage financier arrangé en 1999 par Rhône-Poulenc et sa filiale Rhodia sous la houlette de Jean-René Fourtou), l’enquête a été conduite, et pendant huit ans, par un acteur qui était partie prenante et a vite compris qu’on abusait de lui. En effet, Daniel Lebard, nommé président de la société chimique anglaise Albright & Wilson, filiale de Rhône-Poulenc, s’est vite rendu compte qu’il était l’un des dindons d’une mauvaise farce. Mise en forme par le biais d’un entretien conduit par Ghislaine Ottenheimer, les résultats de l’investigation de l’entrepreneur Daniel Lebard sont, pour un lecteur naïf et sans parti pris, clairs et les conclusions sans détour (ce qui n’est pas toujours le cas quand on s’aventure dans les dédales des machinations financières) : les protagonistes sont nommés, un ancien ministre des Finances mis dans l’embarras, les alliances manifestes, les défaillances de l’Autorité des marchés financiers (Amf) indiscutables, et le pantouflage privé/public à la française n’en sort pas plus grandi que le capitalisme « éthique » cher à Claude Bébéar. Mais, à l’heure qu’il est, on ne parle pas trop de ce livre, la presse reste timide, et on ne va quand même pas en accuser une fois encore le président Sarkozy ! À l’heure de la crise financière, la manière dont le pouvoir financier a pu jouer dans ce cas de ce qu’on appelait à l’époque la démocratie actionnariale laisse pantois. Alors, si ce livre ne tient pas debout, si ce n’est pas vrai, on attend les procès contre ce livre sans concessions ! À moins qu’il soit mis au placard… Car on imagine que les éditions du Seuil l’avaient fait lire et relire par des avocats spécialisés.
O. M.