Le voyage à Paris

Les Américains à l’école de la France, 1830-1900


Lorsque l’on parle des Américains à Paris, on pense immanquablement au salon de Gertrude Stein, à Hemingway sirotant son whisky place de la Contrescarpe, à la librairie Shakespeare and Company de Sylvia Beach sur les quais de la Seine. Mais la « génération perdue » ne fut pas la première à s’intéresser à la ville Lumière. Comme le raconte David McCullough, le passage par Paris était presque obligé au début du xixe siècle pour les jeunes hommes et les jeunes femmes de bonne famille qui souhaitaient parfaire leur éducation (notamment en médecine) ou leur culture. Le livre de l’historien américain est une succession d’anecdotes, de parcours, d’Américains comme James Fenimore Cooper, Elizabeth Blackwell ou le peintre John Singer Sargent. Nancy L. Green prend la suite, chronologiquement du moins, du livre de McCullough, et développe une réflexion passionnante sur les Américains à Paris au début du xxe siècle ; s’éloignant de la bohème maintes fois explorée, elle nous parle de ceux qui venaient à Paris pour affaires, pour se créer des relations, pour « vendre » l’Amérique : « Si de nombreux Américains ont fait le voyage en quête de civilisation (européenne), la plupart sont venus promouvoir la leur ». Elle invite ainsi à changer notre regard sur l’immigration américaine du début du siècle, à le déplacer de la rue de Fleurus à la Chamber of Commerce, pour voir comment l’« américanisation » que l’on associe en général à l’après-Seconde Guerre mondiale se dessinait déjà avant la Première dans les réunions de l’American Dental Club of Paris…

 

A. B.

Vuibert, 2014
576 p. 24,50 €