Fugitif, où cours-tu ?


Le terme «  marrons  », qui désigne les sociétés d’esclaves fugitifs des Caraïbes, ne renvoie à aucune couleur, mais aux animaux domestiques importés qui, après s’être échappés des enclos, retournent à l’état sauvage. Le marronnage possède une signification à la fois esthétique – il est un «  art de la fugue  » – et politique – il met en œuvre ce programme de «  désordre absolu  » par lequel Frantz Fanon voulait dépasser la situation coloniale. En rappeler l’activité, c’est ainsi corriger l’histoire : les esclaves n’ont pas attendu le mouvement abolitionniste pour contribuer à leur libération. L’auteur de ce petit livre s’attache, en fouillant les archives et en remontant le Maroni, à suivre le subterfuge du marronnage, qui est «  une ligne d’ensauvagement  », et à rejoindre ainsi leur «  indocilité créatrice  ». Cette dernière est nécessaire aujourd’hui pour résister aux pratiques d’enfermement et d’expulsion.

J.C.

PUF, Des mots, 2016
144 p. 12 €