Fugitif, où cours-tu ?
Le terme « marrons », qui désigne les sociétés d’esclaves fugitifs des Caraïbes, ne renvoie à aucune couleur, mais aux animaux domestiques importés qui, après s’être échappés des enclos, retournent à l’état sauvage. Le marronnage possède une signification à la fois esthétique – il est un « art de la fugue » – et politique – il met en œuvre ce programme de « désordre absolu » par lequel Frantz Fanon voulait dépasser la situation coloniale. En rappeler l’activité, c’est ainsi corriger l’histoire : les esclaves n’ont pas attendu le mouvement abolitionniste pour contribuer à leur libération. L’auteur de ce petit livre s’attache, en fouillant les archives et en remontant le Maroni, à suivre le subterfuge du marronnage, qui est « une ligne d’ensauvagement », et à rejoindre ainsi leur « indocilité créatrice ». Cette dernière est nécessaire aujourd’hui pour résister aux pratiques d’enfermement et d’expulsion.
J.C.