LA FRANCE DES TRAVAILLEURS PAUVRES


« Les pauvres ont longtemps été utiles à la société, parce qu’ils travaillaient pour pas cher : la question sociale était aussi une question économique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les pauvres sont ceux qui sont exclus de l’emploi convenable, voire de l’emploi tout court. Ils ne sont plus “utiles au monde”. La société s’achète une bonne conscience en leur versant plus ou moins chichement quelques aides sociales, et plus personne n’en parle, ou presque. Mais la question sociale est en train de faire son retour sur la scène économique, parce que notre société vieillit. La société tout entière a de nouveau besoin des pauvres. Par solidarité ? Mais pas seulement. » Croisant la pensée de John Rawls qui avance des principes éthiques favorables aux plus démunis, Denis Clerc, fondateur d’Alternatives économiques où il publie tous les mois un éditorial attentif aux questions de l’emploi, en appelle dans cet essai bien ciselé à une société qui ne prête pas (plus) l’attention aux meilleures positions mais s’intéresse aux moins bonnes. Telle est la double proposition mise en avant : prendre acte de la situation démographique et inverser le regard social du haut vers le bas. Reste que le marché de l’opinion, rivé qu’il est sur les médias, oscille entre bulles et crises, passe d’un extrême à l’autre, du plus pauvre au plus riche. Comment renouer avec une image « intégratrice » des plus démunis alors que la position moyenne, celle qui rivait le haut et le bas, est fragilisée ?

O. M.

Grasset, 2008
224 p. 16,90 €