L’AFRIQUE DES INÉGALITÉS: OÙ CONDUIT L’HISTOIRE ?
Voici deux petits livres éclairants dont l’objectif et la méthode sont radicalement distincts. Le premier, consacré au Maroc par l’un des meilleurs spécialistes du Maghreb contemporain, se penche sur tous les clichés et stéréotypes utilisés à propos de ce pays. Quatre séquences (« Le Maroc et la France », « Le Maroc, destination touristique », « Regards sur le Maroc et son roi », « Le peuple marocain ») permettent de se confronter à une multitude de représentations négatives ou positives. Ce parti pris, celui d’une collection dont le projet est original, a l’avantage de mettre en avant des ressorts historiques (les rapports du Maroc et de l’Algérie, le Maroc et la colonisation), les effets de l’internationalisation du tourisme et les conséquences de l’islamisme. Le second ouvrage, qui porte sur l’Afrique subsaharienne, prend la mesure des inégalités dans cette partie du monde en s’efforçant de chiffrer les réalités objectives et de prendre en compte les conséquences de l’histoire au long cours (le déséquilibre entre les zones côtières et les zones de l’hinterland comme le Congo, le décalage entre les colonisations française et britannique). Il en ressort que les inégalités y sont d’autant plus importantes qu’elles interviennent entre les pays et en leur sein. « L’Afrique subsaharienne est non seulement le sous-continent le plus pauvre de la planète, mais aussi le plus inégal. Elle cumule de larges écarts de richesse entre nations, proches de ceux qui s’observent en Asie, et des inégalités massives au sein de nations comparables à celles qui prévalent en Amérique latine. Les différentes strates de l’histoire se sont accumulées pour constituer le legs d’un espace fragmenté et d’institutions nationales inéquitables. »
O. M.