LETTRES CONCILIAIRES (1962-1965)

I:

Version françaisesous la dir. de José de Broucker, postface par Étienne FouillouxParis

Dom Helder Camara (1909-1999) fut cet évêque exceptionnel de Recife au Brésil qui secoua, avant, mais surtout après le concile Vatican II l’Église de son pays et celle d’Amérique latine tout entière dans le sens d’« une Église servante et pauvre ». Une génération plus récente a davantage entendu parler des théologiens de la libération, peut-être des influences marxistes sur leur théologie. Dom Helder, comme on l’appelait, représente, un peu comme JeanXXIII (le pape qui convoqua le conci­le), une figure de prêtre pieux formé dans le catholicisme ensoutané le plus traditionnel, avec ses dévotions populaires, sa liturgie latine, ses idées réactionnaires et même son folklore; et pourtant tout cela est subverti du dedans, il n’y a pas d’autre mot, par une volonté formidable de renouveau et de réforme, volonté inlassable et inflexible, optimiste, souvent exposée à l’adversité des choses et des hommes, mais ne se laissant arrêter par aucun obstacle, dans une action où la bonté et l’intelligence étaient des ressorts plus forts que les stratégies et les coups de force. Ces lettres envoyées au groupe des proches à Recife durant le concile, pour le leur raconter au jour le jour, témoignent de ce double visage inextricablement, même si le désir de nouveau et les efforts inlassables, nuit et jour, en faveur des réformes laissent loin derrière le catholicisme ancien. Un des traits les plus curieux de cet activiste est son avidité de lecture, des grands théologiens européens notamment. Mais des lettres écrites, par ailleurs documents importants pour les historiens de Vatican II, ne rendent que partiellement la séduction médiatique formidable que Dom Helder, petit bonhomme par la taille, a pu exercer avec ses mimi­ques, sa gestuelle, sa malice et son humour, ainsi que sa présence inoubliable à qui eut la chance de le rencontrer.
J.-L. S.
Cerf, 2007
1167 p. 44 €