Communiquer c’est vivre
Entretiens avec Arnaud Benedetti
Né à Douala en 1947, Dominique Wolton suit sa mère et ses deux frères dans la banlieue parisienne à l’âge de 9 ans, après la mort de son père (« On ne se remet jamais de ce genre de tragédie »). Dans un milieu modeste, il connaît une jeunesse très tôt marquée par l’engagement politique à gauche et la fréquentation de l’Église. Il a la chance d’avoir des enseignants (« Pas d’émancipation sans l’école… ») qui lui font découvrir Paris, la culture et les « classiques ». Il s’inscrit à Sciences Po et en droit, puis bifurque à l’Ehess où il obtient son doctorat en 1973. C’est là qu’il découvre les « mouvements sociaux » et s’évertue à les analyser, faisant preuve d’un sens critique de tout académisme. Ce chercheur prolixe est aussi un organisateur. En effet, depuis son entrée au Cnrs, il a mené à terme différents projets, l’Institut des sciences de la communication et la revue Hermès. Ses travaux sur la communication contribuent à bâtir cette nouvelle « indiscipline », et osent affirmer, contre la doxa, l’éloge du grand public, l’Europe comme utopie, la bonne santé de la francophonie, la possibilité d’une autre mondialisation, l’intérêt de la publicité. Ses propos sur l’incommunication, la langue de bois, la négociation, la différence culturelle, sont éclairants, davantage que son analyse du candidat Hollande… Après cette conversation, le lecteur est prêt à inverser le titre : vivre, c’est communiquer.
Th. P.