HISTOIRE D'UN RUISSEAU
Quand l'éditeur Hetzel lance une « Encyclopédie de l'enfance et de la jeunesse », il demande à divers savants de rédiger des ouvrages de vulgarisation accessibles aux plus jeunes lecteurs. Eugène Viollet-le-Duc propose l'Histoire d'une maison, Camille Flammarion celle du ciel et le géographe libertaire, Élisée Reclus (1830-1905), y publie une Histoire d'un ruisseau en 1869 et en 1880, une Histoire de la montagne. L'éclairante et érudite introduction de Joël Cornuault - qui connaît l'œuvre de Reclus comme sa poche - procure les éléments qu'il convient de connaître avant de se laisser entraîner par le cours du ruisseau. Il rappelle à quel point, il s'agit là d'une géographie « près de chez soi » (qui n'a rêvé, au bord d'un ruisseau, aux montagnes où il naît et à la mer où il va se perdre ?), d'une éducation (on apprend aussi pour se connaître) et d'une ouverture au monde des hommes, qui peinent pour transformer l'apport de l'eau en richesse collective. Il ajoute qu'il s'agit aussi d'une initiation à l'écologie et insiste sur la qualité littéraire de l'ouvrage. Et il a raison, car ce petit livre se déguste, tout autant qu'il nous rafraîchit ! Les vingt chapitres sont autant de séquences initiatiques à la vie du ruisseau (de « la source » au « cycle des eaux », en passant par « le ravin », « les rapides et les cascades », « l'inondation », « l'irrigation », « le moulin et l'usine », « l'eau dans la cité ») qu'à une montée en puissance de la réflexion, non pas géographique, mais comme le dit très justement le préfacier, « géophilique », car l'auteur est avant tout un amoureux de la terre (sur laquelle il a écrit une somme, la Terre, 1868-1869). Reclus mobilise le savoir des spécialistes tout autant que la prose des écrivains, ses observations et ses souvenirs, pour offrir un récit personnel et documenté, au point où nous lui pardonnons son excès évolutionniste et cheminons à ses côtés le long des ruisseaux qui enchantent notre existence.
Th. P.
Th. P.