La permaéconomie
Le terme de « permaéconomie » est proposé par l’auteur comme une généralisation de la notion plus connue de permaculture, popularisée notamment par le film Demain (Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015). L’analogie avec l’agriculture écologique est pertinente, mais il peut être encore plus clair de parler d’économie symbiotique. Quoi qu’il en soit, la permaéconomie recouvre un ensemble de pratiques innovantes qui mettent en œuvre des principes analogues à ceux qui sont au fondement de la permaculture : usage optimisé et économe de l’énergie et des matières premières, imitation et utilisation des processus naturels, recherche de complémentarités et de symbioses, mutualisation des ressources rares, fonctionnements coopératifs. Ces principes font d’ailleurs largement consensus parmi ceux qui réfléchissent aux caractéristiques d’une économie écologiquement soutenable, dont la viabilité ne reposerait pas exclusivement sur d’hypothétiques miracles technologiques. L’ouvrage d’Emmanuel Delannoy est une bonne mise au point sur l’état des pratiques relevant de ce concept dans trois domaines emblématiques : l’économie de la fonctionnalité, l’économie circulaire et le biomimétisme. L’intérêt du livre est de montrer clairement comment les principes mentionnés plus haut contribuent à la viabilité et à l’intérêt écologique et social de ces innovations à la fois techniques et organisationnelles. On pointera toutefois deux insuffisances : la première concerne l’apport potentiel des pratiques de l’économie collaborative, qui auraient mérité un développement spécifique tant leurs interactions avec la permaéconomie paraissent prometteuses. La seconde résulte du caractère très sommaire des réflexions sur les transformations de l’économie de marché impliquées par la permaéconomie. Le sujet n’est abordé qu’à la marge, à travers quelques observations rapides sur l’efficacité des normes techniques et des incitations. Or, au-delà des évolutions nécessaires du cadre réglementaire et fiscal, la logique de la permaéconomie inclut la recherche d’un nouvel équilibre entre concurrence et coopération, dont on peut penser qu’il contient en germe une transformation globale du système économique. Le développement de rapports de coopération plus intensifs et étendus – d’une part entre les organisations productives et d’autre part entre ces dernières, les consommateurs et les collectivités publiques – constitue une évidente rupture de tendance au regard de la dynamique de marchandisation qui gouverne le développement économique depuis des décennies.
Bernard Perret