LES POLITIQUES DE LA DIVERSITÉ.

Expériences anglaise et américaine


La « gestion de la diversité » s’est imposée en France après 2005 dans le langage politique et médiatique. L’expérience était plus avancée en Angleterre et aux États-Unis, d’où l’intérêt d’étudier les politiques de ces deux pays en la matière. Dix études (cinq pour chaque pays) portent ici sur des villes et des quartiers « sensibles » de gran­des villes aux prises avec la nouvelle immigration, non européenne, qui s’est imposée à partir de la fin des années 1950. « Sensible » veut dire : les problèmes quotidiens de la coexistence, mais aussi, dans la plupart des cas, émeutes et moments de crises dures. Les « enquêteurs » ont utilisé des entretiens avec les acteurs de terrain ainsi que la littérature et les documents disponibles (presse, administration). Les études – des sortes de monographies écrites sous des angles divers – sont toutes de qualité. Globalement, le livre permet de comparer « deux modèles nationaux de lutte contre la pauvreté, le racisme et la discrimination ». Les États-Unis s’appuient avant tout sur la loi des droits civiques (1964), renforcée ensuite par la jurisprudence de la Cour suprême et divers dispositifs antipauvreté. En Angleterre, un multiculturalisme officieux existe dès les années 1960-1970, avant de devenir officiel dès les années Thatcher et de culminer avec Tony Blair. Il y a des nuances entre chercheurs, mais globalement l’ouvrage est un requiem pour le multiculturalisme – multiculturalisme où la part de la religion n’a cessé de s’affirmer. Cette évolution, plusieurs fois évoquée, est sans doute trop peu étudiée ici comme telle (voir cependant le dernier chapitre sur l’attitude d’associations musulmanes modérées en Angleterre). Peut-être eût-il fallu rappeler aussi plus nettement que l’immigration en question a été largement « non choisie » et que le multiculturalisme a été d’abord un fait ; que le « ­multi­culturalisme », sauf sans doute chez des ­différencialistes extrêmes, n’était pas opposé à l’« intégration », mais que cette dernière a été comme recouverte ou occultée (en Angleterre) pendant une ou deux décennies par une pression « culturelle » venue d’en bas ; qu’il y a eu à un moment, en France en tout cas, dans les années 1990, incertitude sur les mots ; une fois l’« assimi­lation » condamnée, quel était le bon terme : insertion ? intégration ? acculturation ? Rappelons aussi que l’incertitude venait et vient toujours d’une tension entre droits de l’hom­me et politique. L’introduction évoque le modèle français, très différent, en se demandant cependant si l’« ethnicisation », si présente en Angleterre et aux États-Unis, ne gagnera pas inévitablement du terrain de ce côté-ci de la Manche.

J.-L. S.



Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Sociétés en mouvement , 2010
227 p. 22 €