La voie française : xixe-xxie siècles
Encore un très bon et suggestif livre d’histoire sur la laïcité. À creuser cette histoire, on a l’impression de rouvrir un puits sans fond de questions oubliées et de nuances nécessaires. Cabanel commence tôt, à la Réforme, pour mettre en perspective la question religieuse dans une France marquée par le catholicisme. Cette « longue durée » d’Ancien Régime est souvent oubliée dans des débats qu’on fait commencer au mieux à la Révolution, au pire à la naissance de la IIIe République voire à 1901. Les « solutions » antérieures ne manquent pourtant pas d’intérêt. P. Cabanel souligne que la « séparation » fut un choix tardif de la République : « quinze mois avant sa promulgation », elle n’en voulait pas encore ! Intéressantes aussi les remarques sur le sens des violences religieuses antérieures et contemporaines, et le chapitre sur les longues tentations de la IIIe République d’ostraciser les catholiques définitivement : on comprend que ces derniers aient du mal à estimer une laïcité non affublée de l’adjectif « positive » ! C’est seulement après la Deuxième Guerre mondiale que les catholiques sont pleinement intégrés dans l’espace public du pouvoir républicain. À côté de réflexions sur le combisme, l’auteur se livre à une exégèse intéressante de l’article 2 de la loi de 1905, où il voit, horresco referens, une certaine reconnaissance des cultes. Il se demande s’il n’y a pas eu une « fausse séparation ». Il répond enfin négativement à la question de savoir si la laïcité française peut être un produit d’exportation.
J.-L. S.